Les Routes de Bizard – Les spectres de Ville-Marie

LLes sons avaient changé. Le temps qui séparait les crépitements du feu s’était étiré. Chaque minuscule craquement du bois était maintenant précédé d’une éternité d’anticipation. Les pas des habitants de la maison n’existaient soudainement plus. Bizard crut entendre des bruits provenir de l’extérieur. Des bruits feutrés, d’une douceur qui n’appartenait pas au monde des canons et des fers. Comme à chaque fois, c’est la curiosité qui lui donna la force de parcourir les dernières lieues de vide qui le séparaient du Second Éveil. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il sut qu’il était arrivé à destination. L’air autour de lui avait pris une consistance étrange, entrant dans ses narines comme de l’eau sèche. Il se leva du lit en contractant à peine ses abdominaux, et nagea sans plus attendre jusqu’à la fenêtre de la chambre. Dans la rue, sous une lampe à feu éternel, quatre soldats avec qui il était arrivé en Nouvelle-France chantaient à voix basse un air de leur régiment. L’un d’eux fumait instinctivement une pipe, dont la fumée s’échappait par la fêlure qui traversait son crâne. Ils étaient assis sur des caisses de bois, empilées en face d’une auberge reconnue pour accueillir les soldats de Sa Majesté. C’était un bon endroit pour atteindre la mémoire des hommes.

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