La fêlure (V) – ENCORE!

Voici donc le texte que j’ai publié au sein du collectif La fêlure, qui réfléchit la « crise » que le Québec vit actuellement.

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Crédit photo ~db~

Crédit photo ~db~

Le Québec est perturbé. Comme une trentenaire à peine sortie de l’adolescence qui vient d’apprendre que son patron met du GH dans ses drinks à tous les cinq à sept, pour mieux la baiser à son insu.

Le Québec n’est pas en train de changer. Quelques citoyens sortent de leur torpeur orgasmique, agressés par la pénétration trop brutale et par les mécanismes de contrôle qui tentent de les étrangler maintenant de manière évidente. À force de gémir, la gag ball s’est enfoncée trop profondément dans leurs bouches, et les a réveillés en sursaut.

Et Pourtant!

La majorité continue de prendre un plaisir malsain à être créative dans l’horreur, assiégée par un pernicieux et lucratif syndrôme de Stockholm. Le sadomasochisme est à la mode. À ceux qui n’en peuvent plus et qui tentent, tragiquement, de se libérer de son étreinte, l’agresseur ne fait que donner quelques baffes de plus qu’à l’habitude. Mais la majorité aime ça, à mort.

Se passe-t-il quelque chose?

Vraiment?

Nous, qui nous nous débattons tant bien que mal afin d’éviter l’ivresse de l’abandon, sommes-nous prêts à nous défendre?

Vraiment?

Présentement, nous n’avons rien à dire, ou si peu. À entendre nos contemporains, il faudrait se laisser faire, être « pacifiques ». Accepter de changer de position, au mieux.

On aime tous baiser, mais il y a des limites. Notre chatte n’en peut plus, et ils sont si nombreux à écarter les jambes. Le Québec n’est pas en train de changer. Il est perturbé, meurtri. Loin d’être cicatrisé. Il se peut même que nous jouissions encore, bien malgré nous, entre deux sanglots. Ce sera peut-être assez pour nous faire oublier la cire chaude et les menottes. Peu importe. L’agresseur ira jusqu’au bout. Tant que les jouets de toutes sortes exerceront sur nous un pouvoir d’attraction charmeur, la foreuse s’en donnera à cœur joie.

Débandons, nous aussi!

L’étreinte romantique dont nous rêvons implique trop de changements radicaux dans la manière selon laquelle nos systèmes politiques et économiques se déploient. Dans cette société huilée au désir, la rationalité, la sagesse, la transparence, l’humilité, l’équité ne sont pas sexy. Le petit Jérémy ne chantera jamais la justice sociale. La lenteur et la réflexion énervent. Ils se font raccrocher la ligne au nez par Simon Durivage. La plus grande contestation socio-écologique de l’histoire de l’amérique du Nord est ignorée par le journal le plus lu au Québec. Les mouvements sociaux où aucune fenêtre n’est brisée ne sont pas rapportés. Au souper de famille du dimanche, on se fait dire de se calmer.

C’est vrai, finalement, que le Québec n’est plus le même. Son masque est tombé, et le visage qu’il dévoile est paniquant. L’agresseur est aussi victime. Ses traits étirés par l’insomnie lui donnent des airs de spectre. Il n’en peut plus, mais il ne sait pas quoi faire d’autre. Comme nous, il est né parmis les panneaux réclame, les carrosseries luisantes, les sièges en cuir et les jambes de cinq pieds de Barbie. On aurait presque envie de le prendre dans nos bras, de le consoler. De lui dire que l’on comprend sa souffrance, et la haine qu’il recrache à notre visage comme une bile toxique.

Et puis… si ça peut lui faire du bien. On aime bien baiser. Après tout…  non?

par Gautier Langevin

avec
Laurie Bédard
Charles Dionne
Fabrice Masson-Goulet
Samuel Mercier
Alice Michaud-Lapointe
Jean-Benjamin Milot
Mathieu Poulin
Éric Samson

Cette série de textes est publiée en simultané sur Poème sale et La Swompe.

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