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Mon voyage en Beauce – Dernière partie

La position de départ des voitures pour une course de derby de démolition est plutôt intéressante. Alignées en deux rangs se faisant face, les bolides ne sont toutefois pas tout à fait nez à nez. Les conducteurs n’ont pas le droit de s’attaquer directement. On doit laisser passer son vis-à-vis à ses côtés, pour se retrouver cul à cul. Manière d’augmenter le niveau de difficulté tout en évitant de trop tôt face à face dévastateurs. En même temps, j’y perçu une certaine forme de civisme, d’esprit chevaleresque, même.

Dès que les voitures se mirent en marche, j’oubliai les étranges mots de bienvenue de notre ami. Je me laissai prendre par le spectacle de destruction qui se déployait devant moi. Les voitures déchiraient leurs pneus à force d’accélérer dans leurs ennemis immobiles. Les vitres volaient en éclats, des morceaux de ferraille étaient propulsés dans les airs.  Au bout de quelques minutes, la piste fut envahie par un épais nuage de fumée huileuse. J’avais l’impression de devoir plisser les yeux depuis que j’étais arrivé.

Chaque course durait un peu moins de dix minutes, et était entrecoupée d’une pause où le public pouvait aller se réapprovisionner en canettes de Bleues et en Pogo à la farine de sarrasin. Une canette de bière dans une main, un pogo dans l’autre, j’encourageais les participants, je réagissais aux bons coups, je voulais que ça cogne. Mon euphorie se calma toutefois, lorsque la députée libérale est venu faire un « discours » entre deux courses.

– C’est un plaisir d’être avec vous aujourd’hui. Il fait beau!

Aucune réaction de la part de la foule. La même chose lorsque le candidat de la CAQ vint dire exactement la même chose, mais en rajoutant « il faut que ça change »…  Ce sont les seuls moment de pseudo silence auxquels nous avons eu droit. Pas un applaudissement, pas un sifflet pour les politiciens en campagne. Je senti que la foule ne voulait pas leur accorder la moindre attention. C’était pourtant deux candidats provenant de parti qui avaient le plus de chance de l’emporter dans la région, mais les beaucerons ne sont pas idiots et sont fiers, de surcroît. Ils rendaient brillamment la monnaie de leur pièce à ces politiciens qui les oublient trop souvent lorsqu’ils ne sont pas en campagne. Ces deux candidats, l’espace de quelques instants, étaient devenus des fous du roi dans l’arène des seigneurs de la Beauce.

En revenant vers Montréal, dans la voiture, j’étais à la fois profondément fier et peiné. Je ne sais pas si je réussirai à mettre les mots adéquats sur ce sentiment que j’éprouve lorsque je pense à ce weekend.

Mais de toute façon. Je suranalyse…

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Mon voyage en Beauce – Partie III

(c) Jason St. Peter

À l’époque, Sainte-Marie-de-Beauce était une seigneurie. Les terres agricoles s’alignaient de long de la rivière Chaudière, qui se déverse dans le fleuve St-Laurent, à Lévis. Aujourd’hui, c’est un des centres économique important du Québec. C’est encore un lieu reconnu pour son agriculture, mais disons qu’on l’associe autant aux gâteaux Vachon.

Nous avons dû garer notre voiture dans le stationnement d’une église en face du terrain où le Festival de la Galette de Sarrasin avait lieu. C’était bondé. En sortant de la voiture, un vent chaud nous souffla de la poussière au visage. Nous entendions déjà le bruit des moteurs au loin. Le pick-up beige était peut-être dans le coin…

Un ami à elle, qui participait à une des courses, nous souhaita la bienvenu. Un bon gars, appuyé contre la clôture qui entourait le terrain où les voitures modifiées pour la démolle attendaient leur ultime heure de gloire. Il n’y a pas que des courses de démolition au Festival de la galette. Il y a aussi des expositions de voitures anciennes, des shows de boucane et des concerts rocks. Derrière l’allure plutôt paysanne de la mission officielle du festival, ce trouve une célébration du moteur et de sa puissance. Ce serait un euphémisme de dire que les beaucerons aiment les moteurs. Comme s’ils étaient sur-conscients de l’importance de cette icône de la révolution industrielle. Peut-être qu’un jour on fera des fêtes populaires où on exposera des PC 486 modifiés, exhibant au soleil leurs cartes mères bien époussetées.

Quelques instants après avoir pris place dans l’herbe qui bordait la piste, un autre ami à elle est venu à notre rencontre.

– Eh! On dirait une gang d’artistes qui regarde de la démolle… En tout cas, nous autre notre huile on la jette directement dans’ rivière, pis on aime ça de même!

À suivre…

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Mon voyage en Beauce – Partie II

Entre la visite guidée et l’apéro au jardin, lorsque j’étais allé porter mes affaires dans la chambre d’amis où ma copine et moi avions élu domicile, une boîte contenant un écran de veille Jurassic Park avait attiré mon attention. Sur l’emballage, une jungle luxuriante envahissait un bureau sur lequel était posé un PC. Je m’étais rappelé qu’à l’époque où on achetait encore des écrans de veilles chez Radio Shack, j’avais dû voir ce film au moins trente-six fois.

Après quelques bières et un débat sur les sempiternelles différences entre Québec et Montréal, nous nous étions dirigés à pied vers l’épicerie pour acheter de la viande à faire griller sur le charcoal. En chemin, une voiture sport rouge était passée en trombe à côté de nous. Le passager nous avait crié quelque chose, mais la voiture allait trop vite pour que sa phrase soit compréhensible.  Il devait être vingt-et-une heure. Nous étions seuls aux abords d’un boulevard éclairé par une multitude de vitrines commerciales. L’homme continuait à crier, au loin.

À Sainte-Marie, il n’y a pas de trottoirs dans toutes les rues. C’est normal, étant donné que les gens utilisent toujours leurs véhicules. Les distances entre les points de départs et d’arrivées sont plus grandes. Du coup, on marche moins.  On se déplace d’un espace privé à un autre. Un peu comme en banlieue de Montréal. Enfant, on m’avait déjà lancé des sacs de déchets d’une voiture en mouvement, alors que je me promenais avec des amis dans une rue paisible de Boucherville.

Mais au même titre que le pick-up fantôme, Boucherville et les boulevards-salons étaient loin derrière, maintenant. Nous suivions deux autres voitures, en direction de Saint-Lazare, sur le point d’atteindre l’ultime objectif de notre voyage; assister à un championnat de « démolle ».

À suivre…

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Mon voyage en Beauce – Partie I

Un album de Canailles jouait dans le lecteur CD de la voiture. Le conducteur venait tout juste de fermer les fenêtres parce que l’odeur de bouse l’écoeurait. Au loin, un pick-up beige quitta la route pour couper à travers un chemin de terre qui traversait les champs de maïs. Un immense nuage de poussière enveloppa momentanément le camion, pour ensuite se transformer en queue spectrale suivant sa trajectoire.

Elle nous avait invités à passer la fin de semaine dans sa maison de Sainte-Marie. Une belle petite maison sur le bord de la rivière Chaudière, qui appartenait à sa famille depuis toujours.

– Le trottoir en face de chez moi, c’est le mien! C’est moi qui dois le pelleter. Nous avait-elle dit avec fierté, en nous faisant visiter son domaine.

La maison était blanche avec des volets verts, et renfermait un nombre surprenant de pièces compte tenu de sa grandeur. C’était une maison construite pour l’hiver et aménagée en fonction de la crue ponctuelle des eaux. À la cave, le chauffe-eau était surélevé, et les poutres de soutient étaient coulées dans le béton. Même si son âge vénérable transparaissait à travers les craquements du plancher et les cadres de portes hésitant, on s’y sentait le bienvenu. Après le tour du propriétaire, nous nous étions dirigés vers le jardin, à l’arrière. Les premières bières s’étaient débouchées sous l’oeil attentif d’un voisin évaluant la menace à travers sa haie de cèdres.

À suivre…

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