Archives de la catégorie Édito

Key West…

En début de semaine, un exemplaire de M.I.C.H.E.L. T.R.E.M.B.L.A.Y est partie faire un voyage pour une certaine résidence à Key West, accompagné d’une belle lettre de présentation rédigée par Ta Mère… Je suis excité et j’ai peur en même temps…

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Mais où est donc passé le Golem?

Finissons-en une bonne fois pour toute.

Vous connaissez Norbert Wiener? Monsieur Wiener est un des penseurs de la cybernétique, et un juif. Je le précise car ça a un rapport avec mon propos.

Les juifs ont un lien affectif particulier avec la cybernétique. Wiener suppose en effet que cette sensibilité, ou cette ouverture au concept de « dialogue » avec la machine, est dû à la figure du golem qui est très présente dans l’imaginaire juif. Le golem, cet être construit par le rabbin pour protéger la communauté, est contrôlé grâce à la connaissance du nom de Dieu. Comme dans l’Apprenti Sorcier, de Walt Disney, celui qui contrôle le langage comme il se doit [soulignons] contrôle le golem.

Tout ça est d’une ironie incroyable, car selon moi, notre peur de la technologie a un rapport certain avec le génocide des juifs durant la deuxième guerre mondiale.

Pour faire une histoire courte, l’Allemagne nazi a utilisé les savoirs de la révolution industrielle pour les appliquer au meurtre de masse.  Avec les chambres à gaz, on a industrialisé la mort, et on a déshumanisé l’humain. Grâce à un contrôle malveillant du langage, les nazis sont allés jusqu’à interdire l’utilisation du mot « cadavre » pour le remplacer par « poupée »…

L’apprenti sorcier qui n’utilise pas les bonnes « formules magiques » pour contrôler son environnement devient fou, et se fait envahir par les « monstres » technologiques étranges.

Je pense que notre peur de la technologie vient un peu de là. Nous associons « inhumain » et « mort » à cause de traumatismes historiques majeures. On pourrait aussi faire le même exercice avec l’expérience d’Hiroshima.

C’est normal, mais je m’ennuie du bon vieux golem.

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Textobjet

Je ne sais pas par où continuer. Il y a trop de choses à dire.

Premièrement, j’aimerais mettre une chose au clair : je m’intéresse à la charge poétique de la technologie (ou à son absence). Je ne suis pas « pour » ou « contre » la technologie. C’est absurde.  Mon opinion à ce sujet est que nous sommes nous-mêmes technologiques. Une partie de l’intérêt de cette réflexion est de discuter des limites et des origines du « naturel » et du « synthétique ». Est-ce que le « moi », la « conscience », l' »âme » sont des concepts « naturel »? « Technologiques »? Attention, je ne pose que la question. Je ne suis pas là pour essayer de vous convaincre de quoi que ce soit. Je suis là pour essayer d’ouvrir le discours au sujet de la technologie.

J’aimerais vous référer à une conversation qui a germée suite à la publication sur mon mur Facebook de mon dernier billet, mais c’est pas mal long. Je vais simplement poster un commentaire que j’y ai fait,  :

Malgré la révolution industrielle, le néo-libéralisme, les dictats de l’opinion public, nous voulons continuer à vivre ensemble. À être une société, et non pas une collectivité d’êtres prisonniers d’une routine orchestrée autour de notre minable petit travail et de nos minables petits produits, qui ne sont plus chargés d’aucune poésie. Qui, depuis la révolution industrielle et la deuxième guerre mondiale, sont des véritables petits cadavres. Nous ne serons jamais assez courageux pour tout foutre à terre et ainsi revenir aux lettres, alors on « texte ».

Ce qui m’amène à parler des objets. Précisons dès le départ: je ne condamne pas les objets. Je me questionne sur la manière dont nous les concevons et les produisons. Il y a plusieurs données qui nous ont poussées à changer la manière dont nous concevons et produisons nos objets : le coût de production, la mode, le soucis de rejoindre des marchés de plus en plus large, la disparition de certains matériaux, etc. Prenons par exemple un appartement de Montréal qui a été construit dans les années trente, et comparons-le à un logement dit moderne (construit entre les années 70 et aujourd’hui) : les matériaux sont différents, les coûts sont différents, l’accès au logement est différent. La manière de concevoir les logements destinés au commun des mortels [je souligne] est différente, aussi. Les planchers flottants, les moulures, les fenêtres; tout est de plus en plus « standard ». La réponse commune à ce constat est que par soucis d’économie (et donc de démocratisation) on standardise.  Une autre réponse, complémentaire, serait que le savoir des artisans s’est perdu. En voulant standardiser, on a peut-être démocratisé un peu plus (et encore là j’en doute) mais on a délaissé (perdu?) un savoir très important; celui de raconter des histoires à travers nos objets. Avant, on ne faisait pas que construire un meuble, on l’écrivait, aussi. On l’ornait de choses qui étaient importantes pour nous : plusieurs références de type biblique, mais aussi à la nature, à la mer, au nautisme, à la chasse ornaient notre environnement.

Je ne sais pas si vous voyez où je veux en venir. Ça prendra encore un ou deux autres billets, je crois.

Encore une fois, à suivre…

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Novlangue

Ah, Ray Bradbury.

L’auteur de Fahrenheit 451 est réputé pour ses déclarations chocs. La dernière en liste n’est pas piquée des vers [à soie]. Elle n’est pas piquée des vers [à soie], car elle m’a choquée. « Choqué » dans le sens de « saisie », « frappé ».

Voici sa déclaration.

«Nous avons trop de téléphones portables, trop d’internet. On devrait se débarrasser de ces machines, il y en a trop aujourd’hui.».

Je ne veux pas me répandre en débattant au sujet de la surproduction. Il y a en effet, en ce moment,  surproduction de tout. Mais la surproduction est causée par la surconsommation, qui est causée par la publicité, qui est causée par le capitalisme. De là peut-être le besoin d’une « révolution aux États-Unis » dont parle Bradbury dans le même article.

Mais pourquoi sommes-nous à ce point terrifiés par la surproduction des technologies de communication? Serait-ce l’immémoriale peur de la domination par la machine? Pourquoi ne sommes-nous pas terrorisés par la surproduction de montres (merci Éric pour la comparaison)? Avec ces gargantuesques gammes de modèles de toutes sortes, de prix, de marques, de manières d’indiquer l’heure, il y aurait de quoi paniquer, non?

Cette peur vient sûrement, entre autres, du fait que les technologies de communication viennent jouer dans notre bouche. Elles sont comme le dentiste. Quand elles  jouent dans notre gueule, on jase différemment, et soudainement l’angoisse de perdre des dents nous saisie…  Ces technologies changent notre langage, donc nous nous sentons menacés. La peur de la « novlangue » de 1984 est juste là, entre une molaire inférieur et supérieur; une « langue 2.0 » simplifiée, souvent associée au langage SMS, serait anti-subversive, trop limitative. Mais est-ce réellement ce à quoi la surproduction des technologies de l’information nous condamne?

Je ne pense pas. J’ai l’impression que l’utilisation du langage SMS est justement une forme de subversion, un langage codé utilisé par des adolescents qui veulent se distinguer, se singulariser (et aussi économiser de l’argent). Plusieurs générations de jeunes qui ont vécu bien avant le web se sont adonnés à ce jeu. Le reste du problème de ce langage SMS en est un de système d’éducation. Si les jeunes écrivent mal, s’est la faute des professeurs et du système d’éducation, pas la faute d’Internet et/ou des cellulaires.

Mais je m’éloigne du sujet. La question est loin d’être vidée.

À suivre, donc…

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La rue en a ras-le-cul

Mario Roy, « chroniqueur » à La Presse, a écrit ce texte, le 30 juin dernier, au sujet de la contestation mais surtout au sujet de la casse qui a eu lieu dans le cadre des sommets du G20 et du G8.

Voici le courriel que je lui ai envoyé :

Bonjour Monsieur Roy,

En lisant votre article du 30 juin dernier, je me suis senti démuni.

Je suis ce qu’on pourrait qualifier de « jeune professionnel dans la mi-vingtaine ». Je travaille actuellement dans le domaine de l’édition, et je suis sorti de l’université il y a trois ans.

Je me suis senti démuni car j’ai milité au début des années deux milles, dans la tourmente de la contestation contre la ZLÉA et de la guerre en Irak. Le fait est que sur certains points, vous avez raison. La casse, dans l’état où nous la connaissons actuellement, ne sert absolument à rien. Elle va même souvent à l’encontre des objectifs contestataires.

Je me suis senti démuni parce que je suis contre la casse, mais que j’ai l’impression que mes options pour changer les choses en tant que citoyens sont de véritables coups d’épées dans l’eau. Je me suis impliqué en politique pendant cinq ans, et j’ai été dégoûté par l’arrivisme des politiciens et l’univers parallèle dans lequel ils vivent. J’ai fait parti de groupes de pressions, mais on se rend vite compte que la majorité des groupes sont en compétition les uns avec les autres dans des luttes corporatistes qui visent à récolter le plus de membership possible. Sans compter que les médias et le gouvernement n’accordent qu’une importante négligeable à ce genre de groupe, lorsqu’ils ne perturbent pas l’ordre public.

Comme citoyen québécois, je suis devant le fait accompli que je ne vivrai jamais dans le Québec dont je rêve. Mon Québec ne sera pas indépendant, ni plus humain, ni plus empathique envers les démunis et ne fera jamais passer l’Homme avant l’argent.

Mon Québec, c’est le Québec de Norbourg, de BCIA, du manque d’éducation moyen nié, de la dictature électorale des régions, de la montée de la droite, des médias qui cherchent à « toucher » le plus grand nombre en se faisant les « portes-voix » d’une opinion publique niaise et grégaire.

Nous vivons dans un pays qui refusera, par tous les moyens possibles,  ne serait-ce que de réformer la manière dont nous pratiquons le capitalisme. Je peux donc très bien comprendre que les gens qui veulent vivre autrement dans leur pays puisse être très en colère devant le cul de sac qui se dresse devant eux.

Nous ne sommes peut-être pas affamés, ni pauvres, ni malades, mais nous sommes désespérés idéologiquement.

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Je suis navré

Je trouve navrant que l’opinion publique soit quelque chose qui agit en fonction des personnes et non pas des idées. On a trop souvent tendance à juger les actions, pour par la suite créer des personnages. On les condamne parce qu’ils font une chose ou l’autre, et du coup la personne devient l’avatar d’une idée ou deux.

On parle de Nicolas Dickner comme d’une « bibitte à poils navrante« , on sert du « fuck you dinosaure » à Jean Larose. Je ne suis pas d’accord avec Jean Larose sur la majorité de ses idées, mais je suis aussi contre l’idée que le livre électronique soit une révolution, ou changera quoi que ce soit à la littérature.

Je reviens sur ma tentative de vouloir faire une guerre à la « classique » contre « moderne ». NOUS SOMMES NAVRANTS. Des étincelles fulminent dans les sous-sols d’église de la ville, la possibilité de reprendre le contrôle de notre littérature populaire n’a jamais été autant à notre portée, et nous nous pitchons des bombes incendiaires par la gueule du haut de nos tours phalliques. DÉBANDONS! Ils se passent des choses. Combien de temps perdrons-nous encore à débattre au sujet du livre électronique, pendant que les nouvelles technologies nous permettent de rejoindre nos lecteurs directement, que les réseaux sociaux nous permettent d’organiser des événements majeur d’édition et de distribution indépendantes, qui croissent à une vitesse exponentielle, de surcroît?  Que les échanges entre auteurs, lecteurs, éditeurs, artistes visuels et critiques n’ont jamais été aussi florissants (et je ne parle pas que virtuellement)? Ce gigantesque réseau qui est en train de se construire nous ouvre des possibilités exceptionnelles, et nous sommes là en train de nous engueuler à propos du e-book…

Et si, avec le e-book, on balançait les distributeurs, les diffuseurs et les transporteurs?

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Je suis un cyborg

« Rien ne tourmente l’appétit du Collectif comme le Livre. Ça l’irrite spécialement, cet objet matériel, non électrique, dans quoi un solitaire peut s’absorber longtemps, en silence. C’est le village d’Astérix de l’Empire du Bien Google, l’exception scandaleuse d’un flux désuet à connexion psychique en différé sur les temps passés. » (source)

Le Collectif : Selon la critique-fiction de Larose, le cyber-espace serait comme « le collectif » du Borg, dans Star-Trek; une entité assimilant tout sur son passage, et niant l’individualité de l’Homme.  C’est plutôt l’analogie bancale de Larose qui assimile tout sur son passage, en mettant dans le même panier utilisateurs, créateurs, commentateurs et industriels. Je ne ferai pas l’apologie de la liberté d’expression que nous permet la publication numérique; c’est factuel. Nous ne sommes jamais obligés de nous plier à la volonté des gens qui commentent négativement nos billets. Bien au contraire. Souvent, ça nous force à approfondir notre prise de position, à chercher de nouveaux arguments pour défendre notre point de vue.

En parlant du Borg. Larose me l’avait sorti, en plein cours d’ailleurs : « Oui, j’aime la science-fiction, je suis un amateur de Star Trek ». Il s’était justement mis à parler du Borg. Tout porte à croire que c’est l’unique référence en la matière qu’il possède. On remarque ici une réaction typique de l’adepte de la terreur androïde…

Le fait est que je suis un cyborg. J’aime m’enfermer dans une pièce avec de l’encre et des piles de papier, d’ouvrages théoriques et de romans jaunissant.  Rencontrer des amis autour d’une quantité phénoménale d’alcool. Écrire une lettre. Faire l’amour et dire : « un autre grand roman qui ne s’écrira pas ». Conspuer la réforme de l’orthographe, admirer un vers de Miron, faire des blagues au sujet du lac Léman.

Mais je suis un cyborg.

Je suis un être de chair et de métal, de sang et de culture. J’aime sentir l’acide d’un livre vieillissant autant que l’acide des batteries de mon netbook ou de mon Ipod. J’aime me servir du « futur » pour voir et dire le passé et l’infinie continuité du présent.  J’utilise wikipédia, je cite des viédos youtube, je lis Gawkers et j’admire Balzac. Oui, c’est possible, Monsieur Larose, de ne pas avoir envie d’entrer dans une « classe »…

« Le livre irrite le collectif » : faux.  La plupart de mes collègues modernes sont d’accord pour dire que le livre électronique est une fausse invention, qui vient du haut et non du bas.  C’est une grande faute d’associer livre électronique (industrie, produit) et culture de la grille.

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